Pourquoi 82% des entreprises repensent leur logistique pour une planète durable ?
Par Charlotte Journo-Baur, fondatrice de WISHIBAM
Introduction : L’importance croissante de la logistique dans le développement durable
Il y a quelques années encore, la logistique était perçue comme un simple rouage opérationnel, une mécanique de l’ombre dont on ne parlait que lorsqu’elle dysfonctionnait. Aujourd’hui, en 2026, elle est devenue l’un des sujets les plus stratégiques pour les directions générales, les investisseurs et les consommateurs. Et pour cause : selon une étude du cabinet McKinsey publiée en 2024, 82% des entreprises du secteur retail et de la distribution déclarent avoir engagé une refonte partielle ou totale de leur organisation logistique, principalement sous la pression des enjeux environnementaux et des nouvelles réglementations européennes.
Ce chiffre n’est pas anodin. Il traduit une prise de conscience collective que la logistique, dans sa forme traditionnelle, n’est tout simplement plus tenable. Ni économiquement, ni écologiquement.
Comment la transition écologique doit impacter l’organisation de la logistique ? C’est précisément la question que se posent aujourd’hui des milliers de décideurs retail à travers l’Europe. Et c’est une question à laquelle il n’existe pas de réponse unique, mais des réponses plurielles, contextuelles, parfois contradictoires, toujours complexes.
La logistique, c’est quoi au fond ? Un ensemble de flux, de décisions, de compromis permanents entre coût, délai et impact. Et c’est justement parce qu’elle touche à tout, des entrepôts aux derniers kilomètres de livraison, qu’elle concentre aujourd’hui autant d’enjeux environnementaux.
Dans cet article, je vous propose de décortiquer sans détour ce que recouvre vraiment la logistique moderne, d’examiner honnêtement son empreinte écologique, et de vous présenter les modèles qui permettent de réconcilier performance opérationnelle et responsabilité environnementale. Avec, en filigrane, la conviction que les retailers qui gagneront demain sont ceux qui auront compris que logistique verte et rentabilité ne sont pas des ennemis.
Comprendre la logistique et son rôle dans une entreprise
Définition de la logistique et ses fonctions clés
Commençons par poser les bases, parce que la définition de logistique est souvent floue, même chez des professionnels aguerris. La logistique, au sens strict, désigne l’ensemble des opérations permettant de gérer les flux de marchandises, d’informations et de ressources entre un point d’origine et un point de destination. Elle englobe la gestion des stocks, le transport, l’entreposage, la préparation de commandes, la livraison et le retour des produits.
Mais réduire la logistique à ces seules fonctions serait une erreur. En réalité, la logistique c’est quoi dans une entreprise moderne ? C’est un système nerveux. Elle connecte les fournisseurs aux entrepôts, les entrepôts aux points de vente, les points de vente aux consommateurs. Elle conditionne la qualité de l’expérience client autant que la rentabilité d’un modèle commercial.
- La logistique amont, qui concerne les approvisionnements et les relations avec les fournisseurs
- La logistique interne, qui gère les flux au sein même de l’entreprise (production, stockage, manutention)
- La logistique aval, qui couvre la distribution et la livraison aux clients finaux
- La logistique inverse, ou reverse logistics, qui traite les retours produits et le recyclage
Chacune de ces fonctions génère des coûts, des délais et des émissions carbone. C’est là que réside toute la complexité du sujet. Une décision prise sur la logistique amont peut avoir des répercussions considérables sur l’empreinte carbone de la logistique aval. Les chaînes sont longues, interdépendantes, et souvent opaques.
Selon l’ADEME, la logistique représente en France entre 10% et 15% des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités économiques. Un chiffre qui donne le vertige quand on le rapporte à l’échelle européenne.
La logistique dans le commerce moderne
Le commerce logistique a connu une transformation radicale depuis l’essor du e-commerce. En 2026, près de 38% des achats retail en Europe s’effectuent en ligne, selon les données de Statista. Cette réalité a profondément reconfiguré les attentes des consommateurs, et par ricochet, les modèles logistiques des enseignes.
La livraison en 24 heures, voire en quelques heures, est devenue une norme dans certains segments. Ce que les géants du e-commerce ont imposé comme standard a créé une pression considérable sur l’ensemble de la chaîne logistique. Et cette course à la rapidité a un coût environnemental que l’on commence seulement à mesurer sérieusement.
Prenons un exemple concret. Quand un consommateur commande un article en ligne et le retourne deux jours plus tard, le produit a potentiellement parcouru plusieurs centaines de kilomètres dans chaque sens, a mobilisé des emballages, du carburant, de la main d’œuvre. Le taux de retour dans le prêt-à-porter en ligne dépasse les 30% en Europe selon une étude de l’IFM (Institut Français de la Mode) publiée en 2024. Trente pour cent. C’est colossal.
Le défi opérationnel de la logistique moderne :
Comment maintenir des niveaux de service élevés tout en réduisant l’impact environnemental de chaque transaction ?
Ce que nous observons chez WISHIBAM, en travaillant avec des centaines de retailers à travers l’Europe, c’est que les enseignes qui s’en sortent le mieux sont celles qui ont repensé leur logistique non pas comme un centre de coût, mais comme un levier de différenciation. La logistique livraison n’est plus seulement un service, c’est une promesse de marque.
Gestion de la logistique : un pilier pour l’efficacité opérationnelle
La gestion de logistique, c’est l’art de coordonner des flux complexes dans un environnement incertain. Et en 2026, l’incertitude est devenue la norme. Entre les tensions géopolitiques qui perturbent les chaînes d’approvisionnement mondiales, les aléas climatiques qui impactent les infrastructures de transport, et les évolutions réglementaires qui s’accélèrent, les responsables logistiques naviguent en permanence à vue.
Pour la logistique pour les nuls : Mettre le bon produit, au bon endroit, au bon moment, au meilleur coût possible, avec le moins d’impact environnemental possible. Simple à énoncer. Difficile à exécuter.
- Visibilité en temps réel sur les stocks et les flux
- Anticipation de la demande via la data
- Réseaux de distribution flexibles
- Collaboration étroite avec les partenaires transporteurs
- Intégration des critères environnementaux dans les décisions
Ce dernier point est encore trop souvent un simple « bonus » alors qu’il devrait devenir un véritable critère de performance. Les entreprises qui ont intégré les indicateurs environnementaux dans leur tableau de bord logistique constatent une amélioration simultanée de leurs performances économiques.
Selon Gartner (2025), les entreprises ayant combiné performance opérationnelle et critères ESG ont réduit leurs coûts logistiques de 18% en trois ans. La gestion de la logistique est donc bien un pilier stratégique, pas une fonction support.
L’impact écologique de la logistique traditionnelle
Comment la logistique influence l’écologie
Le transport de marchandises est l’une des principales sources d’émissions de CO2 à l’échelle mondiale. Selon l’AIE, le fret représente environ 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Et cette part est en croissance.
- Entrepôts et plateformes logistiques : consommation majeure d’énergie
- Emballages surdimensionnés ou non recyclables
- Retours produits générant des flux et des destructions supplémentaires
- Artificialisation des sols pour les entrepôts
- Pollution sonore et atmosphérique en zones urbaines
Le paradoxe : Les consommateurs sont de plus en plus sensibilisés… mais rares sont ceux prêts à payer la livraison éco-responsable !
Le décalage entre intentions et comportements concrets met les enseignes devant un vrai défi : absorber le surcoût de la transition, sans pouvoir tout répercuter au client final.
Les défis environnementaux posés par la logistique
- Décarbonation du transport : investissements majeurs, infrastructures incomplètes
- Gestion des déchets d’emballage : volumes préoccupants malgré la réglementation
- Optimisation du dernier kilomètre : segment le plus polluant à la livraison unitaire
- Gestion des invendus et des retours : millions de tonnes détruites chaque année
La législation européenne (ex. règlement sur les emballages PPWR, directive CSRD) oblige à repenser les pratiques et à mesurer l’impact logistique comme critère ESG.
24% du volume d’un colis moyen est constitué d’air.
Source : Pitney Bowes 2024. Un quart d’espace vide transporté pour rien !
Études de cas : exemples d’entreprises confrontées à ces défis
- Zalando : A réussi à réduire son taux de retour de 8% en deux ans via des outils d’aide à la taille et la facturation des retours, soit des millions de colis en moins sur les routes.
- Carrefour : Révision du réseau logistique, parc électrique, mutualisation de livraisons pour -30% d’émissions d’ici 2030.
- Bricolage : Grâce à la réconciliation des stocks physiques et digitaux, réduction de 35% des livraisons express en six mois – moins d’émissions, plus d’économies.
Ces exemples montrent que repenser ses process logistiques permet d’agir concrètement sur le plan écologique comme économique – à condition de se doter des bons outils.
Vers une logistique durable et optimisée
Stratégies pour optimiser la logistique écologique
Où optimiser la logistique écologique ? La clé : cibler d’abord ses propres leviers d’impact.
- Mutualisation logistique : Partage d’entrepôts, véhicules ou livraisons entre enseignes
- Optimisation du dernier kilomètre : Points relais, consignes automatiques, vélo cargo
- Réduction des retours : Outils d’aide à la décision, réalité augmentée, fiches produits enrichies
- Optimisation des stocks : Meilleure anticipation pour réduire surstocks & ruptures
- Décarbonation du parc transport : Électrification, algorithmes de tournées, report modal
Un levier sous-exploité : L’unification des stocks entre points de vente et e-commerce. Proposer le retrait d’un article en magasin au lieu d’une livraison individuelle : moins d’émissions, meilleure expérience, moins de coûts.
Modèles de logistique verte : quelles solutions adopter
Quel est le meilleur modèle de logistique verte ? Il n’existe pas de solution universelle, mais des options éprouvées :
- Ship from store : les magasins physiques deviennent relais logistiques pour l’e-commerce. -25% d’émissions liées à la logistique finale (BCG 2024).
- Logistique circulaire : intégration native du retour/recyclage produit
- Logistique collaborative : mutualisation entre acteurs, en particulier en centre-ville (city hubs)
- Livraison en point relais : -60% d’émissions vs domicile
- Véhicules électriques : investissement élevé, mais bénéfice environnemental tangible
| Modèle | Réduction CO2 estimée | Coût de mise en œuvre | Complexité opérationnelle | Adapté à |
|---|---|---|---|---|
| Ship from store | 20 à 30% | Moyen | Élevée | Retailers avec réseau physique dense |
| Logistique circulaire | 15 à 25% | Élevé | Très élevée | Secteurs mode, électronique |
| Logistique collaborative | 25 à 40% | Faible à moyen | Moyenne | PME, centres-villes |
| Livraison en point relais | 50 à 65% | Faible | Faible | Tous types de retailers |
| Véhicules électriques | 30 à 50% | Très élevé | Moyenne | Transporteurs, grandes enseignes |
Les bénéfices économiques et environnementaux d’une logistique repensée
On répète que la transition verte coûte cher. En réalité, une logistique repensée génère des économies de fonctionnement, une meilleure image de marque et une fidélité accrue de la clientèle.
- Réduction des coûts via l’optimisation de la livraison, la baisse des retours, la mutualisation
- Accès facilité à certains financements ou marchés sensibles aux critères ESG
- Positionnement différenciant sur une attente « responsabilité environnementale » de plus en plus décisive
À retenir :
La logistique verte n’est pas seulement un devoir, c’est un levier de performance globale. Ceux qui investissent dès maintenant dans cette transition seront les champions de demain.